20 April 2017

Childhood Brain Drain | Paulette Bourgeois | Walrus Talks

From the Walrus Talks National Tour: We Desire a Better Country. Recorded April 18th, 2017 in the D. F. Cook Recital Hall at Memorial University in St. John's.

[Applaudissements]

Bonjour, je m’appelle Paulette Bourgeois et je suis ravie d’être ici à Saint-Jean – à la frontière de la carte du Canada et, avec ce Walrus Talk, à la frontière de nouvelles idées. J’écris des livres pour enfants, ce qui veut dire que mon public est habituellement très jeune. Ils font du bruit avec leurs chaussures à velcro, lèvent la main pour aller à la toilette – une fois, j’ai parlé devant un gymnase rempli d’enfants de la maternelle qui venaient de faire des chapeaux en forme de tortue avec des assiettes à tarte qu’ils avaient attachées sous leur menton – vous 0:00:51.600,0:00:58.010 imaginez comme c’est distrayant de s'adresser à cent têtes de tortues? Alors je suis ravie de m’adresser à un public adulte, mais en même temps – comme vous le devinez peut-être – le Canada que je désire a un plan différent pour ses enfants, en particulier les plus jeunes. Je crois que nous – et quand je dis « nous », je parle d'un « nous » collectif : les parents, les éducateurs, les prestataires de soins, les autres professionnels et le gouvernement – devons travailler ensemble pour élever nos enfants, surtout les plus jeunes, ceux qui ont entre 0 et 3 ans. Vous connaissez peut-être l’expression : « la fuite des cerveaux. » Eh bien je crois qu’une fuite de cerveaux a cours en ce moment chez nos enfants. Nous faillons à faire de notre mieux pour les élever. On dit que les enfants sont des éponges. Ce n’est pas vrai – leur cerveau se développe et ressemble davantage à un intense réseau électrique superpuissant en cours de formation. Il m’attriste de dire que le Canada actuel – mais pas celui que je désire à l’avenir – court-circuite environ un jeune Canadien sur quatre. Je m’explique : grâce à l’imagerie cérébrale avancée, on comprend mieux comment se développe le cerveau des enfants. Je suis écrivaine et non neurologue, mais simplement, le cerveau adulte connaît sa croissance la plus importante entre le moment de la conception et l’âge de 3 ans. Après ça, c’est la cerise sur un gâteau déjà confectionné. Les humains naissent avec tous leurs neurones, c’est leur bagage génétique. Mais le facteur le plus important dans le développement du cerveau est les connexions entre les neurones.

Chaque expérience de l’enfant entre 0 et 3 ans, bonne ou mauvaise, aide l’enfant à construire une connexion, un chemin neural. À cet âge, le cerveau développe des chemins neuraux à pleine capacité; leur croissance est explosive. Vers 3 ans, les chemins qui ne sont pas renforcés commencent à disparaître. Chaque enfant canadien n’a pas les mêmes expériences en jeune âge, qui aident à construire les meilleurs cerveaux possibles. La plupart d’entre eux, heureusement, ont de bonnes mères, de bons soins prénataux, des suivis réguliers à chaque étape de leur croissance, des familles et des aidants qui leur parlent, leur répondent et leur offrent des occasions de jouer, de découvrir la musique, l’art ou la conversation. Ils ont un logement stable, de bons apports nutritifs et ils sont actifs. Ceux-là sont les enfants qui prospéreront, mais dans les faits, 1 enfant sur 4, dans chaque province ou territoire, n’est pas prêt à entrer en première année. Leurs difficultés sociales, comportementales, et d’apprentissage les hanteront tout au long de leur cheminement. Ils tirent de l’arrière au moment de commencer l’école, avant même de la commencer, et ils sont frustrés et en colère. Beaucoup abandonnent l’école. Ils sont plus susceptibles de vivre dans des milieux défavorisés, de ne pas avoir accès à un logement stable, à de la bonne nourriture et à des parents pouvant leur venir en aide. Souvent, ce sont des enfants autochtones, et le cycle se répète. À une époque, les enfants étaient censés être vus, mais pas entendus. Nous savons maintenant que ceux qui ont un vocabulaire plus étendu à l’âge de 3 ans ont un avantage à l’école, mais aussi durant toute leur vie. Les chemins neuraux de l’enfance liés à la conversation sont essentiels – pas seulement le nombre de mots mais l’interaction avec un parent ou une personne qui écoute et répond. Il ne suffit pas de faire répéter à l’enfant le mot « chien ». Il faut dire « C’est un chien noir? Regarde-le remuer la queue. » Les enfants issus de familles défavorisées entendent, depuis l’enfance, environ 600 mots par heure seulement. Un enfant issu d’une famille professionnelle

aisée ou très loquace, lui, en entend plus de 3 fois plus, soit plus de 2,000 mots par heure. À l’âge de 3 ans, l’écart entre les enfants issus de ces deux groupes socioéconomiques est de 30 millions de mots. Le plus inquiétant, c’est que l’écart n’est pas comblé. On croyait qu’il était suffisant d’avoir des programmes préscolaires et des interventions à la maternelle et même avant – mais l’écart qui existe à 3 ans persiste, ne se comble pas, et les enfants sont désavantagés. J’aime ce pays, mais j’aimerais que le Canada suive l’exemple de la Finlande, où les enfants sont tous préparés. Comment y arrivent-ils? Eh bien, le pays est plus petit, c’est vrai, mais ils font aussi face à des défis propres aux pays nordiques et ont aussi une vaste population d’immigrants. Mais ils ne vivent pas la pauvreté, ont des congés parentaux généreux, un programme universel de garderie soutenu par des experts de la petite enfance dotés de maîtrises, qui touchent d’excellents salaires et sont valorisés dans leur pratique. Ce n’est pas notre cas, mais ce devrait l’être. Nous devons éliminer la pauvreté, car nos enfants ont besoin d’aide. Nos programmes d’éducation sont bons, mais tous n’y ont pas accès. J’écris pour les enfants et j’aimerais croire aux contes de fées. J’espère que bientôt, le monde dira du Canada : ils ont une vision pour leurs enfants et misent sur une éducation précoce et sur l’aide aux parents. C’est possible. Merci. [Applaudissements]